🦫 Sur le terrain avec l’équipe du LIFE : accueillir le castor en protégeant la forêt alluviale
- il y a 7 heures
- 4 min de lecture
Dans le bassin de l’Ourthe, non loin de Durbuy, des treillis s’enroulent autour d’arbres Ă protĂ©ger. Embarquement avec l’équipe du LIFE vers l’ouest de son pĂ©rimètre d’action pour pĂ©renniser une forĂŞt riche en biodiversitĂ©.Â

Pris dans un dédale de bras de cours d’eau déviés, à enjamber les arbres couchés et les canaux dispersés dans une harmonieuse anarchie, on peine à se figurer l’alignement strict du peuplement résineux qui prévalait de part et d’autre d’un ruisseau contenu, quelques décennies plus tôt. Il est vrai qu’entre-temps, de l’eau a coulé sous les troncs : les épicéas ont été rasés et exploités, mettant la parcelle « à blanc », laissant la place à une régénération naturelle progressive, exempte de toute culture. Surtout, un nouvel habitant s’est installé sur les berges, bien plus déterminant que n’importe quel architecte paysagiste : le castor.
Protection d’arbres
« Dix mailles, comme la dernière fois ? » Cisaille à la main, Brigitte, l’une des propriétaires des parcelles, entend bien accompagner l’équipe dans la tâche du jour : découper des dizaines de bandes de treillis métallique, destinées à entourer des arbres feuillus indigènes pour épargner ceux-ci de la dent du castor. Un cylindre souple simplement posé au sol, bien plus large que le tronc pour laisser l’arbre grandir sans contrainte. La tâche figure parmi les nombreuses missions (nommées « actions ») que le projet LIFE Vallées ardennaises s’est engagé à remplir auprès de l’Union européenne, dans le cadre de son plan de restauration écologique des rivières et forêts. Objectif de l’action du jour : maintenir des feuillus sur pied pour pérenniser l’habitat de forêt dite « alluviale », rare, menacé et prioritaire au regard de la conservation de la nature dans toute l’Europe.

Castor bienvenu
Cette journée sur le terrain se déroule donc sur des parcelles privées, aux abords du Vieux Fourneau (ruisseau affluent de l’Aisne, bassin de l’Ourthe, commune de Durbuy). Le LIFE y déploie ses actions en concertation avec les propriétaires selon une convention, laquelle prévoit la protection d’arbres en place ainsi que la coupe de semis résineux (d’essences exotiques). Dès leur acquisition, l’objectif des propriétaires prenait d’emblée une tournure naturaliste : « Je vois la présence du castor comme un cadeau, et il est vite devenu ma motivation principale pour soigner cet endroit, le rendre accueillant pour la faune et la flore », détaille Brigitte.
La Durbuysienne considère le mammifère comme un formidable levier d’enrichissement de biodiversité dans la zone, et comme un allié pour atténuer sécheresses et inondations. Elle généralise : « Le vivant et les espaces naturels qui déclinent sous l’effet de l’accaparement des grandes entreprises ou du surtourisme menacent directement l’habitabilité de la région. En préservant des parcelles et en essayant de leur redonner un caractère plus sauvage, on y remédie à notre mesure. »
Le LIFE en action
Si la présence du castor est si bénéfique à la biodiversité et à la renaturation des abords du cours d’eau, pourquoi s’en protéger ? Comme toutes les décisions qui conduisent à intervenir dans la nature, il s’agit d’un choix qui se discute.
"Il reste actuellement trop peu de ces milieux, et encore moins de connectivité entre les parcelles relictuelles." ___Clémence, Chargée de mission
Si la balance penche ici vers le passage à l’action, c’est d’abord parce qu’aucune nuisance n’est occasionnée : ce sont en moyenne 150 arbres par hectare qui sont cernés de treillis, ce qui laisse au castor une ressource abondante, tant pour son alimentation que pour ses constructions.

Le but principal de ces protections réside avant tout dans la préservation de l’habitat de forêt alluviale. « Le castor peut abattre énormément d’arbres, créant des milieux ouverts de grand intérêt pour la biodiversité », avise Clémence, chargée de mission au sein du projet LIFE. « Mais la forêt alluviale est si rare, fragmentée et donc menacée, que l’on choisit d’intervenir pour concilier l’avenir de cet habitat naturel prioritaire avec la présence du castor. Par nature réduites à des surfaces modestes puisque liées aux cours d’eau, ces forêts ont en plus beaucoup souffert des aménagements humains au gré de l’urbanisation, du drainage, de l’intensification des cultures… Il reste actuellement trop peu de ces milieux, et encore moins de connectivité entre les parcelles relictuelles. » La rareté du biotope amplifie encore la pression que le castor inflige à la forêt alluviale : compte tenu du peu d’espace laissé à la nature à l’échelle d’un bassin versant, le rongeur se voit contraint d’occuper un territoire plus restreint, ce qui concentre et renforce logiquement son impact local.

La perspective durable d’une forêt naturelle
Les critères de désignation des arbres à protéger au sein de la forêt se fondent principalement sur les essences, la rareté des sujets, leur âge et leur emplacement, de sorte à maintenir la plus grande diversité possible, condition d’un bon état de conservation de l’habitat. « Si le castor dynamise le milieu en ouvrant le paysage, en créant des trouées lumineuses, et en accélérant les cycles de régénération, notre souhait est de permettre à quelques arbres de vieillir. La forêt gagnera de cette façon en diversité écologique », indique Clémence.
La journée se termine, et ce sont quelques dizaines de charmes, sorbiers, saules, chênes, frênes et autres bouleaux qui entrevoient désormais un avenir plus stable, équipés pour rester sur pied et assurer un rôle semencier de nombreuses décennies encore. Les parcelles cumulent désormais plus de 350 arbres protégés. À l’avenir, leur suivi perdurera au terme du projet LIFE : au-delà de l’appui ponctuel fourni, les terrains revêtiront bientôt le statut de réserve naturelle, dont Natagora s’apprête à monter le dossier de reconnaissance.













Commentaires